CYBERMARCHEUR la marche athlétique ou marche sportive

Obtenir toutes les informations du monde de la marche .(technique de marche, plan d'entrainement, conseils, santé, le calendrier et les compétitions à
 
PortailAccueilGalerieS'enregistrerConnexion

Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet
Partagez | 
 

 La Voie du Littoral par les Thanron.Lescure

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
THANRON Bernard
ELITE
ELITE
avatar

Nombre de messages : 771
Age : 65
Date d'inscription : 02/09/2008

MessageSujet: La Voie du Littoral par les Thanron.Lescure   Jeu 31 Mai - 21:56:59

La Voie du littoral - Royan Bayonne 280km (et finalement moinssss !)

5 mai 2012 Il y a un an, jour pour jour, mon corps trahissait ce projet préparé mijoté peaufiné depuis 12 mois : relier Royan à Bayonne en parcourant sac au dos les 280km de la Voie du Littoral en 7 jours de marche à raison d’une moyenne d’un Marathon quotidien. 3 semaines plus tard, je sortais du centre hospitalier d’Avallon, à petits pas souples et méticuleux, sans forcer ni dérouler ni amusement sportif quelle qu’en soit la sorte. La hernie inguinale avait été éradiquée. Ce corps réparé , qui avait rendu les armes sur le littoral landais, n’avait plus qu’à se requinquer quelques temps avant de remarcher vers d’autres horizons. La désillusion de ne pas être aller au bout a été longue à s’atténuer.
Parti de Royan, notre trio de marche venait de franchir les 200km. Ce jeudi 5 mai 2011 au matin, je comptais mes pas; compter jusqu’à 50, 50 pas, souffler cadencer, stopper, repousser la hernie, 30 secondes arrêter, repartir pour 50 pas, souffler cadencer, stopper, repousser la hernie et ainsi de suite recommencer; c’était la façon que j’avais trouvé afin de me préserver de m’arrêter définitivement en pleine forêt landaise où le seul souffle qui nous parvenait était celui proche de l’Océan. A Contis-plage km216, les dés étaient jetés, le sac à dos déposé, l’abdomen enflé, le marcheur désenchanté, il était temps, largement temps de tout stopper. Malgré toute la volonté, l’entêtement, les tactiques techniques et autres subterfuges moraux acquis dans le passé pour tromper un corps sérieusement affaibli et déséquilibré, celui-ci s’est avéré vainqueur, il m’a fallu stopper la marche avant l'accident. La réflexion de Jean-Claude Gouvenaux « Un marcheur n’abandonne jamais, il y est contraint » me sera d’un grand secours moral devant ce renoncement.

samedi 30 avril 2011 - Le passage en bateau fut l’au revoir à un monde. Nous entrions sur le territoire des milliers de nos prédécesseurs. Marcher sur des pas antiques médiévaux ou d’un certain mur de l’Atlantique ruiné par le temps, voilà ce qui m’avait attiré ici, les frôler tous, en marchant.

Nous étions 3, Elisabeth ma conjointe, Frédéric son frère cadet et moi, 3 THANRON-LESCURE avaient décidé de marcher sur la voie du littoral d’Antonin le romain. Romains, templiers, pèlerins de St Jacques débarqués d’Angleterre de Hollande de Bretagne et Normandie, y ont marché, nous contemporains allions en faire autant. Nous disposions de 7 jours pour boucler l’affaire. Il va sans dire qu’une bonne préparation physique avait été nécessaire. Elisabeth allait retrouver ses appuis de randonneuse confirmée, Frédéric, grand compostellien sur le camino et marcheur sur route depuis peu allait être à son aise. Une expérience inaltérable et ce rêve qui m’habitait allaient vaillamment me servir.
Le vendredi 30 avril de l’an 2011, nous quittions notre verte vallée bourguignonne. Après une nuit francilienne, samedi matin la montre bipait à 4h30. Nous avions éteint les lumières à minuit ! Chez les marcheurs en exercice, rares sont les longues nuits et autres grâces matinées. Il en sera ainsi tout au long du périple. Café englouti, nous sortons dans la nuit. La fraîcheur matinale nous saisit au visage. Le froid tombant sur nos nuques nous désengourdit. 6h15 nous sommes dans l’ambiance orangée des luminaires du quai de la gare de Domont ; photo de notre trio souriant sac au dos. Ligne H, hache comme les sacs qui nous harnachent. Gare Montparnasse, nous empruntons les couloirs infinis. Le tapis roulant initialement conçu pour accélérer le déplacement des voyageurs est encore en panne. Il est en panne depuis des années, question de mauvaise conception et de faillibilité. 7h20 Paris-Montparnasse, le TGV nous emporte en 4 heures au départ des 280km de « notre Voie du littoral ». Installés, nous combattons le sommeil manquant. Nos regards errent, nous flottons entre deux polochons ! 8h20, le train franchit la Loire, le soleil chasse les brouillards.
Gare de Royan, nous y sommes ! Un grand beau temps une température affichée de 25° et une brise fraîche de l’Océan tout proche nous accueillent, nous respirons à pleins poumons. Un café allongé, une menthe à l’eau, une Grim’, direction l’embarcadère et nous voici sur le bac de traversée. Au large, à 7km au large de la côte, nous apercevons le phare de Cordouan, sentinelle de l’estuaire, poste frontière entre Gironde et Océan. Après un bon quart d’heure du ferry la Gironde à traverser l’estuaire de… la Gironde, le plus vaste d’Europe occidentale, nous voici débarquant sur le quai du port du Verdon sur mer. La section Royan-Le Verdon est un succès maritime, le nez au vent du bastingage… en route pour la Voie du littoral ! Durant ce passage, je sens l’irrésistible attraction produite par le fait d’avoir choisi de marcher sac au dos des journées entières. Pour la simple passion de la marche pure et de ses magnifiques distances à apprivoiser, nous posons ce jour-là nos pieds sur cette fameuse pointe de Grave, départ de notre périple. Le ciel est bleu, la petite gare du train touristique du Verdon-sur-mer devant laquelle nous passons est charmante, la piste cyclable ombragée sous les pins longeant un temps la voie ferrée est belle, des parfums sucrés embaument l’atmosphère; la Voie de Bayonne nous attendait.
Départ de la Pointe de Grave, depuis le temps que j’en rêvais, à m’en imprégner à satiété, à m’en hanter, à en deviner chaque paysage, chaque pas, chaque parfum, chaque souffle de vent ! Cartes au 1 :100000e étudiées, recherches sur internet « inquisitionnées » durant des heures, des nuits, récits de coureurs, vététistes, pèlerins, lus et décortiqués en long en large et en travers, nous y étions.
Nous allions laisser nos foulées sur une voie que tant et tant de marcheurs avaient déjà empruntée. Marcher dans l’histoire de ces milliers de pas anciens, frôler les ombres casquées du mur de l’Atlantique, utiliser ces traces ancestrales en sachant que d’autres suivront et d’autres encore, voilà ce qui m’avait attiré ici, pourquoi donc tenter d’y échapper quand on connaît le bonheur du marcheur de marcher dans l’histoire. Prenez la carte routière Aquitaine, tracez une ligne de la Pointe de Grave à Arcachon, les 280km sont là, ils attendent vos pas, sentez comme vous y marchez déjà, Voie du littoral, Voie de Soulac, Voie des anglais, c’est selon.
Pointe de Grave petite gare du Verdon kilomètre zéro, notre triplette mixte de marcheurs invétérés allait concrétiser des mois de préparation via les cartes IGN, les sites VTT, les récits des uns et des autres, les photos des paysages traversés par des prédécesseurs à vélo, les réservations faites, les étapes mûrement calculées, nous pouvions nous élancer. La « descente » vers Bayonne pouvait commencer. Allons, marchons !

Samedi 30 avril Le Verdon-sur-mer Montalivet les bains 26km Hôtel Le marin
Mise en pieds.

Cet après-midi-là, une mise en bouche de 26km de piste cyclable reliant Le Verdon à Montalivet nous attend. Sur la piste cyclable, nous avançons sous couvert des pins. La brise nous rafraîchit d’une température trop élevée. Mais nous nous déshydratons rapidement et nos petites bouteilles d’eau sont vite vidées. L’eau va être un problème, nous en sommes rapidement conscients. Le coin est truffé de bunkers en relativement bon état de la dernière guerre, l’impression est curieuse.
Soulac atteint, nous empruntons le front de mer afin de profiter du magnifique spectacle donné par les mouvements de l’Océan. Les plages sablonneuses sont à perte de vue. Les pieds chauffent rapidement entraînant des brûlures trop connues. Les promeneurs nous saluent.
- Où allez-vous ainsi ?
- A Bayonne !
- à pied ?
- voui !
- en combien de temps ?
- 6 jours !
- pfffff ! chapeau ! bonne route !
Tout cela en marchant bien sûr.
5 femmes à vélo font demi-tour pour nous interpeller. Durant ½ heure, nous taillons une belle bavette sur les bienfaits de l’activité sportive nécessaire à tout bonne forme. Elles ont elles-mêmes parcourus les 300km. Nous repartons la tête dans les étoiles.
A 7km.h, le portage d’un sac à dos de 9kg est tout un art, mes trapèzes n’ont de cesse de rééquilibrer un lest trop mouvant. Je suis à des lieues du simple dossard et de la petite sacoche ventrale de mes entraînements. Des opérations répétitives de remise en place seront donc régulièrement nécessaires, au nom d’une bonne marche, le rituel s’impose très rapidement. Chaussures de trail rodées, pieds peu crémés, au premier soir les ampoules étaient nées. En fin de journée nous longeons la plage sous un soleil descendant. Il tape encore le bougre ! Il va falloir sérieusement gérer notre consommation d’eau dans les jours à venir. Nous ne voulions porter que 7kilos chacun, l’eau allait nous manquer immanquablement. Nuit à l’hôtel du marin de Montalivet les bains, Susie et son fils Bruno nous accueillent avec convivialité. La discussion ponctuée de où pourquoi comment est assurée. dîner à l’Entre-potes d’un conséquent moule galettes de pommes de terre original. Eosinés à souhait, les pieds ont la nuit pour cautériser.

Dimanche 1er mai. Montalivet les bains – Carcans 39km chambre d’hôtes
La guerre des mouches

Réveil à 6h15 pour un départ à 7h30. La température est idéalement fraîche. Notre défilé intersyndical a consisté en une étape de 39km de Montalivet à Carcans-plage sous la protection des forêts domaniales locales. Le seul village intermédiaire, Hourtin-plage est au bout de vingt kilomètres de quasi ligne droite. Vingt kilomètres à marcher sous les pins, le mental allait être mis immédiatement à contribution. Hourtin atteint, l’épicerie espérée ouverte est fermée ; bon sang mais c’est bien sûr, le 1er mai est férié ! pas de ravitaillement possible. Nous regardons avec accablement la bouteille d’eau de 50cl qu’il nous reste à partager à 3 pour les 19km restants, cernés entre les étangs et les dunes, sans croiser âme qui vive. Le soleil déjà haut tape sur nos dos trempés. Nous croisons un chevreuil, un écureuil, deux cyclistes vétérans, deux voitures… Les yeux rivés au bitume nous avançons dans un concert de grives musiciennes trillant à qui mieux mieux. Le parcours devint une lutte permanente. Tous les souvenirs, les images de nos Paris-Colmar sont utilisées : tenir ! tenir ! tenir ! Au détours d’une courbe nous apparaît un poste de la DGA et l’espoir de nous hydrater surgit naturellement. Des gens s’affairent. Les deux doigts d’eau restant dans une bouteille nous inquiètent. Frédéric alla quérir de l’eau pour nos bouteilles désormais vides. Une gendarmette-chef le rabroua sans amabilité ni compassion. Le corps de la gendarmerie était ici bien mal représenté. La solidarité humaine n’était pas dans l’esprit ( ?) rigido-réglementaire de cette employée de l’état…ce n’était que juste pour un peu d’eau ! Courroucés par ce comportement ridicule affligeant, nous reprîmes la piste à allure modérée, il nous fallait gérer notre pénurie d’eau. Les flaques restant des pluies nocturnes de la veille me permirent d’y tremper ma casquette ; ainsi l’eau dégoulinant sur la nuque me ravivait. Mais un autre adversaire d’un tout autre acabit allait nous tomber sur le poil, les mouches-plates. Une, deux, trois, dix, cent, mille, ces mouches-vampires nous assaillent par nuées, véritables escadrilles volantes hématophages. Elles se posent sur le moindre centimètre carré de votre peau, vous piquent ardemment, transpercent vos vêtement ; le moindre interstice ouvert elles s’y ruent pour vous vampiriser à gogo. Pour les parer, nous nous sommes emmaillotés de cagoules de soie, gants, collants longs, fermetures éclairs de nos encolures. Il faisait alors plus de 30° ! Nous vivons un film d’épouvante ! Malgré tout, les dards très efficaces de ces formidables bestioles nous perforent. Nous pensons les chasser d’un geste, voire les écraser en nous claquant le corps de toutes parts, mais… leur coriacité n’avait d’égal que leur multitude. Nous attrapons une à une celles qui nous investissent, les déplanter à leur besogne vampirique et les écraser entre nos ongles, arracher la tête de la bête ; en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, nous sommes devenus destructors patentés de mouches-plates. Malgré le chant de l’invisible Océan caché par les dunes, les 6 derniers kilomètres avant Carcans sont un calvaire. Le regard fiché dans le bitume, nous avançons en file indienne séparés l’un de l’autre par une dizaine de mètres, ainsi nous nous entendons souffler, nous savons si l’autre va bien ou non, une auto-surveillance solidaire, une véritable équipe de raiders. Entrant sur la place du village, les attaques de nos prédatrices cessent miraculeusement. Nous affalant accablés à la table du premier café, le patron prend à peine le temps de nous saluer pour s’esclaffer d’un « bonjour mess…ils portent sur eux des mouches-plates ! ». Il s’ensuit une chasse à mort d’une vingtaine d’individus accrochés à nos vêtements. Des verres d’eau sont engloutis suivis d’un panaché bien frais pour déguster ce retour au calme. Sur cette portion de la côte océane, la sérénité du marcheur est à ce prix. A Carcans-plage, les humains savent que les mouches plates règnent alentours, à l’affût de l’humain, à pied ou à vélo, elles rôdent. Nos ressources de récupération étaient bien entamées par cette fin d’ après-midi diabolique. Une délicieuse chambre et sa table d’hôtes sont notre salut. Le propriétaire, installé à carcans depuis 5 générations, nous raconta l’histoire de l’apparition des mouches-plates. Les habitants surveillaient de près l’évolution du phénomène. Sur les cartes, force était de constater que les points d’eau étaient éloignés, sur le terrain, le problème était devenu criant. A notre grand dam, mais par précaution vitale, nous devons surcharger nos sacs de quelques kilos supplémentaires.

Lundi 2 mai Carcans Bélisaire 47km devenus 52. Hôtel le pavillon bleu
Long is the road

Au lever du soleil nous repartons pour la plus longue des étapes, 47km. Nôtre hôte nous a prévenu que nous risquions de rencontrer encore les mouches infernales acoquinées aux moustiques. Equipés en conséquence, nous ne sommes pas surpris de nouvelles attaques conjuguées. La piste des allemands cimentée mesure 60cm de large, soit 2 chaussures, je m’en suis assuré. Sa construction remonte à la dernière guerre pour relier ente eux les blockhaus du mur de l’Atlantique. L’empreinte d’un soulier clouté dans le ciment me fait un instant remonter dans une triste période contemporaine. Expérimentés de la veille, 2 litres d’eau chacun dans des sacs alourdis, nous nous sommes harnachés de pieds en cap ; hormis nos visages, pas un carré de chair n’a été laissé à l’air libre. Nous marchions moites. Elisa et Fred mènent la danse. Les ampoules à peine cautérisées ressuscitent. Une ondée côtière passagère nous surprend, les capes de pluie sont immédiatement déployées et enfilées illico-presto. La-dessous c’est une véritable étuve, mais…plus de mouches ! La pluie cesse aussi rapidement qu’elle est venue pour reprendre aussi vite. S’arrêter, poser le sac, l’ouvrir, sortir la cape, refermer le sac, se réharnacher, se couvrir, relancer le pas, j’étouffe rapidement mais il faut marcher, marcher coûte que coûte. Une heure plus tard, la pluie chassée par le vent de l’Océan, le rituel inverse reprend ; s’arrêter, déposer le sac…le 7km.h convenu a fait long feu ! J’en étais rendu à refuser de me soumettre à une telle cérémonie ; plutôt danser sur la piste comme les indiens pour implorer les esprits anti-pluie, qu’on seraient gentils avec eux etc…que nous voulions juste marcher au sec. Nous marchons vers un tunnel de pins engloutissant nos foulées. Le retour fulgurant des mouches-plates, virevoltant tournoyant nous émeut à peine. Nous sommes bien avertis, elles sont associées à des myriades de moustiques, diaboliques ! heureusement nous sommes apprêtés, la frayeur est moindre. Mais la portion Carcans Lacanau-Océan nous a semblé être un véritable raid ; le panneau annonçant l’entrée de la ville des surfeurs est notre salut. Notre commando a résisté à cette voie des allemands large de 60cm sur des dizaines de kilomètres de long. Nous sommes micro-percés mais saufs ! juste sérieusement perturbés et épuisés par ces monstres venus de l’espace. A partir d’ici, notre parcours est heureusement devenu moins…guerrier. Emplettes faites au mini-marché du coin à des prix maxi, nous prenons le temps de contourner la ville par le bord de plage. Immeubles, béton, vitrines aguichantes, villas sans âmes etc.…seule la vision des vagues de l’Océan et cette plage infinie nous est profitable, ici, le marcheur ne fait que passer. Usé prématurément par les heures de luttes passées, mon rythme a baissé d’un cran voire deux. Le 7km.h n’est plus de mise. Le moral est troublé. Le Marathon quotidien planifié prenait du gîte. La voie du littoral en marche sportive n’est pas une promenade de santé. Je sentais déjà que j’allais devoir lutter sur un parcours que j’avais imaginé dur pour sûr, mais plus agréable. Et nous n’étions qu’au 77ekm ! Déjà je ressentais une douleur fugace mais croissante au bas-ventre. De ce moment-là j’ai su que l’affaire n’allait pas arriver au terme de Bayonne. Je marche donc le plus souvent en queue de trio, et ce n’est pas que pour photographier ! Midi, nous fondons sur Le Porge-Océan et où nous faisons une bonne halte réconfortante à la brasserie pizzeria crêperie en prévision des 23km nous séparant de Bélisaire. Nous pouvons enfin nous changer pour enfiler cuissards et tee-shirts micro poreux. Ainsi nous constatons que nos membres regorgent de piqûres plus ou moins sanguinolentes…charmante vision ! Le redémarrage est laborieux. 20km de piste sans voir une âme nous attendent. Nous sommes rechargés en eau et nos sacs atteignent les 12kg ! Notre consommation d’eau quotidienne constatée étant de 3 litres par jour et par marcheur, nous devons palier à toute éventualité et faire avec. Nos trapèzes et nos dos endoloris nous rappellent à l’ordre régulièrement, sévèrement, à chaque dérive, faux-pas, déséquilibre à rattraper contrôler ou non. Nous marchons sur cette piste de montagnes russes destructrice assurée de tout organisme insuffisamment entraîné. A proximité de Lège, un orage nous menaçe sur notre gauche. Nous regardons avec inquiétude ce beau ciel gris ardoise, ses éclairs et ses nuées de pluie qui approchent de notre voie. Le bassin d’Arcachon fait barrage et nous protége à notre grande joie. Le vent de l’Océan chasse la menace, dame nature nous offre un bien beau spectacle, nous le voyons de loin, c’est bien. La dernière heure de marche sur la piste cyclable sous les pins nous paraît interminable. Après plusieurs haltes, enfin nous arrivons à pieds secs à notre hôtel de Bélisaire où une bonne douche un bon dîner une bonne nuit suivie d’un bon petit-déjeuner nous rechargnt des batteries bien entamées.

Mardi 3 mai Bélisaire Biscarosse 40km Hôtel le relais
Le moment d’égarement.

La 1ère navette fluviale matinale nous emporte du quai de Bélisaire au port d’Arcachon. La traversée est agréable. Nous apercevons au loin la dune du Pilat la plus haute d’Europe. Une fois à terre, ne trouvant pas notre voie tant aimée, nous décidons de nous rendre à la gare afin d’emprunter la ligne de car permettant de sortir de la ville et retrouver nos pas. Nous y voici ; nous avançons maintenant dans un environnement de faubourgs sur Cazaux par les trottoirs. Au loin nous devinons le lac de Cazaux Sanguinet. Nous en entamons le tour par sa façade ouest. Ici, adieu piste cyclable confortable bitumée ! les chemins forestiers sablonneux sont maîtres des lieux. Durant de longues heures, nous n’allons cesser de monter descendre, vidant régulièrement nos chaussures du sable récolté. L’allure a chuté à celle du lécheur de vitrines. Nous nous épuisions dans de sournoises glissades et autres enlisements au point de nous égarer. Trouver une issue à la pinède n’est pas chose aisée. Les conversations et les bons mots se sont tus, les chansonnettes enjouées ont disparues, nous devons sortir au grand jour et vite, afin de nous repérer. Une route enfin trouvée, nous prenons malheureusement le mauvais sens pour nous retrouver à Biscarosse plage et non Biscarosse, enfer et damnation ! Nous reprenons la bonne direction. Nous sommes heureux de trouver une piste cyclable sur laquelle nous lançons nos machines humaines à marcher. Les nerfs et l’expérience acquise sont notre unique force. Echelonnés sur plus de 200m, nous avançons en grands fondeurs comme nous savons faire, bras balanciers, souffle cadencé, une gorgée d’eau régulière au sommet des pentes, un seule idée en tête, foncer et nous reposer. Si la plupart des automobilistes croisés sont médusés de nous voir ainsi marcher, d’autres nous encouragent clairement, ce qui augmente nos volontés de finir le plus vite possible cette belle journée trop bien commencée. L’égarement a ajouté plus de 8km aux 40 initialement prévus. La fatigue est bien installée pour ne plus nous quitter, nos visages sont marqués. A 21h nos paupières sont closes.

Mercredi 4 mai Biscarosse Mimizan-plage 40km Hôtel l’émeraude des bois
Le début de la fin

Départ de l’hôtel à 8h. Nous retrouvons le bitume de la piste cyclable. La piste de sable de la veille est encore dans les jambes mais nous avons renoué avec nos sensations de marcheurs routiers. 40km sans erreur de navigation possible, nous n’avons qu’à suivre le ruban noir parallèle à la route direction Mimizan. Il fait relativement frais mais la journée s’annonce chaude à marcher. Passé Parentis-en-Born 11ekm, nous bifurquons sur Gastes pour 8.5km et la rive sud du lac de Biscarosse Parentis. L’environnement entre lac et pinède est agréable. Un cycliste vététiste nous insulte au nom d’un instinct de propriété primaire, les marcheurs doivent marcher ailleurs ! Un poétique pauv’c… lui fut délicatement renvoyé. Nous en rions longtemps. D’autres cyclistes nous accompagnent un peu pour nous questionner d’où nous venons et où nous allons. Estomaqués par la distance, ils nous souhaitent bonne marche. A Ste Eulalie-en-Born, km25, nous prenons le temps de déjeuner d’une pantagruélique pizza dont les calories engrangées nous serviront utilement dans l’après-midi. Une table est occupée par des cyclistes qui font le chemin inverse au nôtre. Nous échangeons quelques belles paroles sportives. Ste Eulalie quittée, la piste cyclable longe la D87 sur 10km. L’étang d’Aureilhan à notre gauche occupe nos attentions. Les forêts de pins, ça lasse. Nous entrons dans les faubourgs nord de Mimizan et ses belles villas. Le pont sur le Courant franchi, 6km restent à marcher jusqu’à Mimizan-plage et un bien bel hôtel et sa bonne table. Je suis frappé par ces 18 pancartes du routard s’échelonnant de 1994 à 2011 qui ornent un mur. Le choix avait été judicieux, accueil, cuisine et conversations plaisantes. Sacs posés, douchés changés parfumés, nous flânons jusqu’au centre du bourg pour apprécier une bonne brune au col blanc (il s’agit de la bière bien entendu !).

Jeudi 5 mai Mimizan-plage Moliets et Mâa 45km
Ce sera Mimizan plage - Contis les bains avec arrêt définitif au 221e km Brasserie Côté soleil
L'abdication

Solide petit-déjeuner pris, nous quittons notre hôtesse. Elle nous indique que la piste à prendre pour Moliets et Mâa se situe juste derrière son hôtel, ma-gni-fi-que ! Panneau Mimizan-plage franchi, nous nous engageons sur quelques hectomètres de large piste cyclable. Terrain plat, le brouillard est bien présent la température est douce. Elisa et Frédéric marchent devant moi, ce matin-là, leurs dos lointains me servent de bouée de secours. Je marche à la traîne, les sensations ont disparues, ce matin le goût de la voie du littoral m’est subitement devenu amer. Route des allemands dans la lande ; de derrière les dunes me parvient le chant de l’Océan. Elisa et Fred sont en avant, je les aperçois par intermittence. La douleur s’est accentuée soudainement, 45km par jour depuis 4 jours avec un sac à dos de plus de 10kg n’ont rien arrangé à l’affaire. 16km de piste, mes compagnons m’attendent régulièrement ; ils ont bien vu mon visage inquiet et mes gestes que je ne pouvais plus cacher. Après explication et démonstration, la décision fut prise d’avancer à faible allure jusqu’à Contis-plage et d’arrêter prématurément mais prudemment le périple commencé.
Trois grandes menthe à l’eau à la brasserie Côté soleil, pour redonner un meilleur goût à la journée, nous prenons le temps de nous régénérer au soleil, une brise légère nous ventile, finalement nous sommes privilégiés. Un coup de téléphone donné au taxi mézossais dont la conductrice nous transporte, conversation à l’appui, à la gare de Morcenx d’où nous prenons le train pour Bayonne et la voie du littoral tronquée est bouclée. La remontée sur l’Ile de France et la gare Montparnasse se fera en TGV. Les multiples souvenirs empliront nos têtes, les mauvaises heures deviendront bonnes avec le temps, les notes seront remises en forme et le récit vivra un an plus tard.
Voie du littoral, d’autres parcours sont déjà envisagés, 10 jours sur les 260km du Stevenson, 8 jours sur le chemin des cathares ou voie des bonshommes de Montségur à Berga, les rêves fusent et nous reprendrons nos marches à écrire.

Bernard THANRON marcheur d’horizons.
Amicalement vôtre, bien à vous tous et prenez soin de vous...en marchant tous azimuts!


Pour celles et ceux que cela tente :
LA VOIE DU LITTORAL Royan Le Verdon-sur-mer à Bayonne 7 étapes
samedi 30 avril Le Verdon sur mer à Montalivet les bains 26km – Dimanche 1er mai Montalivet les bains à Carcan-plage 39km - Lundi 2 mai Carcans-plage - Bélisaire 47km – Mardi 3 mai Bélisaire Arcachon Biscarosse 40km – Mercredi 4 mai Biscarosse Mimizan-plage 40km – Jeudi 5 mai Mimizan-plage à Moliets et Maa 45km – Vendredi 6 mai Moliets et Maa à Bayonne gare 44km

Quelques photos histoire de...





prêts ?

c'est parti !



Voie de la liberté ?





au petit matin mouillé





attention ! ssssssshhhhhhhh !



Pénurie d'eau ? les flaques salvatrices !



cette piste-ci ne nous était pas destinée, ouf !



sous un soleil de plomb

ombrages bienvenus



Carcans plage, une chambre d'hôtes salvatrice



Carcans plage, un coucher de soleil qui nous donne envie d'y aller...se coucher







la piste cimentée des allemands devant, derrière.



long is the road



ligne droite après ligne droite

pause au Porge 1

pause au Porge 2

pause au Porge 3



marcher sous le soleil fait voir des éléphants roses !



la piste, infiniment ondulée.



dune du Pilat en vue !



Royan, marcher près d'eux, les frôler



Lac de Biscarosse





l'égarement commence





le saaaable !



la lande à perte de vue



Parentis, Vol de Latécoère !





Gascon ? on y va tout de suite !





Regardez bien la pancarte !


Quel accueil !


Enfin de l'eau ! ( le Courant à Mimizan)


Prendre le temps...


...de 2 photos


nous y voilà !


démarrage tôt le matin ne réjouit pas forcément le pélerin. Proverbe probable.


dernière ligne droite avant Contis les bains


221e km et c'est fini.


Le train pour Bayonne va arriver


Bayonne la belle


encore marcher !




Dis ! c'est quand qu'on r'part

A bientôt les mordus de la marche !


_________________
Moi, je préfère la marche à pied (Henri Salvador)
J'ai toujours préféré la folie des passions à la sagesse de l'indifférence (Anatole France)
“Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront.” [i]René Char
[/i]
Ne crains pas de marcher lentement, crains seulement de t'arrêter.
Revenir en haut Aller en bas
l'abeille
JUNIOR
JUNIOR
avatar

Nombre de messages : 91
Age : 37
Date d'inscription : 12/08/2005

MessageSujet: Re: La Voie du Littoral par les Thanron.Lescure   Ven 1 Juin - 7:19:54

Plus besoin de camping, car l'evasion est là
enfin un peu de poésie dans ce monde de brute !!!
et quelle lecture, quelle littérature on en redemande

par contre pour la devise moi je préfere la cantine
Revenir en haut Aller en bas
fogerty john
PROS
PROS
avatar

Nombre de messages : 1135
Age : 60
Date d'inscription : 02/03/2009

MessageSujet: Re: La Voie du Littoral par les Thanron.Lescure   Sam 2 Juin - 13:02:46

Bernard,

J’ai toujours un grand plaisir à te lire, tes récits font rêver !

Les photos en sus génial.

Citation :
nous sommes dans l’ambiance orangée des luminaires du quai de la gare de Domont


Domont c’est où ?

Mimizan il y à toujours l’usine à papier ?, parce que je me souviens jadis en vacance au camping ; bonjour l’odeur.

Il y avait beaucoup de ragondins au bord du lac.

Morcenx je me souviens j’avais terminé 3émé d’un 15 km en 51’

Les landes très belles région, et oui !je suis monté au sommet de la dune du pilât (par les marches)

ET PIS C’EST TOUT
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: La Voie du Littoral par les Thanron.Lescure   

Revenir en haut Aller en bas
 
La Voie du Littoral par les Thanron.Lescure
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» La Voie du Littoral par les Thanron.Lescure
» Corde à double pour grande voie
» elargisseurs de voie
» [Trains roulants] Elargisseurs de voie => questions ?
» elargisseurs de voie avec roues d origine...

Permission de ce forum:Vous pouvez répondre aux sujets dans ce forum
CYBERMARCHEUR la marche athlétique ou marche sportive :: VOTRE SITE FORUM DE MARCHE A PIEDS :: Littérature et récit de marche-
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujetSauter vers: